Pouvez vous nous parler de votre parcours artistique ? Comment passe-t-on du théâtre à la chanson ?
Pendant plusieurs années, j'ai travaillé dans le milieu du théâtre et du cinéma, en cherchant surtout ma place, avant de découvrir la musique. Bizarrement, alors que la passion pour le théâtre a surgi très tôt, je ne suis jamais arrivée à me faire suffisamment confiance. A travers le chant, l'écriture, j'ai découvert un mode d'expression, où certaines limites que je m'étais fixées au théâtre par manque d'assurance, sont soudainement tombées. Les doutes sont toujours là, mais ils alternent aussi avec des évidences, alors ça se vit mieux. Et, vu à distance, ce parcours, sous ses faux-semblants chaotiques, a sa logique et le théâtre était certainement un passage nécessaire pour me mener à la chanson.
Pensez vous que chanter est le meilleur moyen pour exprimer ses émotions, évacuer ses peines, partager ses joies ?
Je ne sais pas trop... j'aime bien aussi me défouler en frottant les vitres, ou en sautant à la corde, pleurer devant la petite maison dans la prairie, exprimer mon amour dans un gâteau, partager ma joie avec mes partenaires de course en sacs (rire)
Votre séjour en Allemagne a-t-il eu une forte influence sur votre manière d'écrire et de composer, votre façon de voir la vie d'artiste ?
Le retour en France n'a pas été trop difficile ? Culture allemande, culture française, quelles différences, quelles similitudes ?
Berlin, c'est une ville chargée d'une incroyable énergie, qui bouillonne 24h/24, la ville du mouvement par excellence, de l'éphémère, de l'expérimentation, des mélanges, des paradoxes, et surtout pour moi, de grandes rencontres humaines et artistiques. Là-bas, j'ai pu me chercher et expérimenter, vivre très intensément, et me trouver ou retrouver un peu, donc c'est presque un "parcours initiatique", qui a bien sûr eu beaucoup d'influence, entre-autres sur ma musique. Comme après tout changement conséquent, il m'a fallu un temps de réadaptation à mon retour en France, ne serait-ce qu'au niveau de l'ébullition nocturne, qui me manque encore aujourd'hui, mais ça a été un choix de revenir sur Lyon, je ne me suis jamais sentie aussi française qu'en Allemagne. C'est bête à dire, mais c'est souvent dans l'absence qu'on prend conscience de ce qu'on avait, et dans la différence qu'on obtient des réponses sur son identité.
M pour le miroir d'Alice, M comme le masque de théâtre. AnA est-elle un personnage qui se cherche dans le regard des autres ?
C'est très joli, oui M pour toutes ces raisons et beaucoup d'autres, certaines que je ne connais pas encore... on va laisser toutes les portes ouvertes.
AnA Aime ?
"Raindrops on roses and whiskers on kittens, Bright copper kettles and warm woolen mittens Brown paper packages tied up with strings These are a few of my favorite things"
Parlez nous de l'album, de son histoire, de ses ambiances.
Face ou pile, plus qu'un album, est un premier disque autoproduit de 8 morceaux, qui pour l'anecdote, a été enregistré en 4 jours, au cours de l'été 2004. Dans l'urgence donc, car il nous fallait très vite un support, c'est pour cela, et pour des raisons financières, que nous n'avons pas enregistré plus de titres, alors que sur scène nous jouons actuellement une vingtaine de chansons. Ce qui est atypique, c'est que nous nous connaissions à peine avec les musiciens, j'avais rencontré Bertrand le pianiste 3 mois avant, nous n'avions joué qu'une fois avec Denis, batteur, et Manu, bassiste, qui avaient appris le programme en 2 jours pour un concert, quant à Eddy, le guitariste, il nous a rejoint pendant le studio. Nous avons eu aussi le soutien d'autres musiciens invités, dont les deux pianistes Malik Pitiot dit "Mk" et Antonis Anissegos avec lesquels j'espère retravailler. Ce fut une expérience forte où tout le monde a essayé de se dépasser.
Avez vous été aidée pour la conception, la promotion de l'album ? L'autoproduction, une aventure palpitante, un chemin de croix, les deux ? Quels conseils pourriez vous donner aux artistes qui se lancent ?
Oh que oui, je suis entourée de gens d'exception, tant au niveau des musiciens qui donnent beaucoup de leur personne dans cette aventure que de l'équipe autour, notamment le studio Amphore, dirigé par Alex Badagée, que je me permets de citer, parce qu'il s'est particulièrement investi et m'aide régulièrement depuis l'enregistrement de Face ou Pile et qu'en plus c'est un excellent coach vocal ! Enfin, j'ai aussi la chance d'être soutenue par une structure, Evendo Management, autour de Badis et JP qui me permettent aujourd'hui de déléguer au niveau de la promotion et du booking, afin de pouvoir me concentrer autant que possible sur la musique. C'est inestimable! Dans l'autoproduction, l'avantage est bien sûr que l'on a une grande liberté artistique, et dans la mesure où j'ai la facheuse tendance à vouloir tout gèrer toute seule, même ce que je ne sais pas faire, c'est particulièrement important! Bien sûr c'est aussi synonyme de manque de moyens, donc de compromis forcément. Sans compter tous les efforts que cela implique par la suite pour la distribution, la com, etc.
Votre contact avec la scène . Comment vivez vous les rencontres avec le public ?
Ces rencontres sont elles sources d'inspirations de nouveaux projets ?
C'est d'abord le plaisir de jouer avec les musiciens; comme le théâtre, c'est très ludique la musique. L'adrénaline qui précède les concerts. Donc un challenge aussi, à chaque fois, car, j'ai le sentiment de m'exposerplus qu'au théâtre. Et c'est surtout le contact immédiat avec le public. Imaginez un peu, c'est quand même extraordinaire de pouvoir partager un moment de vie avec plein de gens qu'on ne connait pas, de toucher leur sensibilité avec la notre, de les faire rire. Souvent avant les concerts, je suis tendue, mais il suffit de pas grand chose pour que je me lache, un sourire, un regard, une réaction. J'ai vraiment besoin de voir des visages, de pouvoir m'adresser à quelqu'un, c'est plutôt drôle, aujourd'hui, ce sont les salles de théâtre plongées dans le noir complet qui me font un peu peur...
Des projets musicaux, littéraires ou autres... Des collaborations ?
De nouvelles expériences ?
Ah oui, enregistrer les chansons qui patientent dans mes tiroirs! Des collaborations? J'aimerais partager encore avec des artistes comme Mauss qui a une écriture qui me touche beaucoup, alliant justesse et poésie, et Antonis Anissegos, le pianiste " qui lit dans mes pensées" et est à écouter en live sur le dernier titre de Face ou Pile, un clin d'oeil à mon époque berlinoise; et beaucoup d'autres j'espère, au fil des rencontres humaines.
Lâchez vous sur la fin...
Je ne fais que ça... et même la camisole ne laisse plus de traces.
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> La chronique du CD "Face ou Pile" : ici
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