1. Friches (5/5)
2. Believe (5/5)
3. Filaments (5/5)
4. Brut (5/5)
5. La Distance aux choses (5/5)
6. Fatigue (5/5)
7. L'inondation (5/5)
8. Folklores (5/5)
9. Le saut de la Mort (5/5)
10. Cavalcade (5/5)
11. La Parade des Souris (5/5)
12. Pleure une rivière (5/5)
13. Sortir de l'Hiver (5/5)
14. Himalayan Queen (5/5)
15. Nightlife (5/5)
16. Souvenirs (5/5)
17. Apparition de la beauté (5/5)
Tycho Brahé "Le Temps qui Passe"
CD 17 Titres / Les Disques Normal
"Le temps qui passe", mécanique, magique, moment de grâce.
Imaginez un espace où le dérangeant devient harmonieux, où les instruments-jouets explorent la réminiscence de l'enfance.

J'y ai entendu des casseroles provoquer de douces symphonies.
J'ai senti couler des flots de rivières dans les yeux.
J'ai recraché la poussière des galops.
J'ai humé le dernier fil de la vie.
J'ai vu se raviver le brasier des rêves oubliés.
Et si, de la suffocation des instruments, apparaissait la beauté ?
- Il s’appellerait Tycho Brahé
Sous le patronyme du savant, se révèle une douce expérimentation émotionnelle et sonore. Tels des chimistes, les musiciens travaillent ardemment la transmutation des bruits en musique. Il expérimente leur discipline : l'alchimie des sons et des harmoniques.

"Le temps qui passe", est un clin d'oeil à la musique minimaliste, telle celle d'un Pascal Comelade. Les morceaux sont le fruit de la répétition de bruits, de bribes de sons, de mélodies. La multiplication intrigante tisse un maillage singulier, propre à l'album. "Friches" ouvre le chapitre du temps par une entrée fracassante de boucles électroniques à la fois dissonantes drôles et dérangeantes. Le ton est donné. Mais, étonnamment mêlées à de douces mélodies, elles provoquent des ritournelles entêtantes et apaisantes, comme le plus chérubin des morceaux : " Souvenirs". Souvent, une envie irrésistible de presser l'oreille contre l'enceinte nous envahit. Nos sens sont en éveil, perturbés et avides de curiosité. Quels instruments peuvent-ils bien être à l'origine de ces sons si incongrus, si dépaysants ? - Bref regard à l'intérieur de la pochette, comme pour ne pas démystifier la magie - Ils sont nombreux, des plus classiques : guitare, piano, trompette ,aux plus exotiques : bulgarija, balafon, métallophone... Ensemble, ils créent une symphonie de cacophonie. La magie de Tycho Brahé est ce juste dosage entre les notes harmonieuses et dissonantes.

" Le temps qui passe" semble un tableau dont on contemplerait les fragments. Chaque morceau est telle une photographie d'un instant de la vie, une image figée. - Contemplation de cette pochette crayonnée : une montagne rocailleuse dans une atmosphère jaunâtre et violacée - Elle dévoile les indices d'un rapport intime à la nature. Racines, naïveté et simplicité de l'enfance parsèment les morceaux de petits bonheurs sonores. Tantôt, on plonge dans de joyeux tintements, écoulements, flots de voix des " inondations". Tantôt on vibre du tintamarre des trompettes et des galops de la « Cavalcade ». Tantôt on devine le murmure et les pas discrets de la "Parade des souris". Tantôt on esquisse des pas rythmés par les mots bruts et inventés du "Folklore". Mais la vie est aussi jonchée d'embûches. Après les joyeux moments, vient la "Fatigue". Certains passages sont inquiétants, là où les paroles naissent. " Le saut de la mort" est une drôle d'histoire de cascadeur déchu, rappelant les interludes pince-sans-rire d'Alexis HK. Et, l'émotion en vient à nous tordre les sens lorsque la complainte de " La distance aux choses" résonne, tel un cri.

De ces unités disparates naissent une progression vers " l'apparition de la beauté", le plus beau des poèmes. Elle est la réponse salvatrice de l'Homme. L'espace d'une écoute, c'est un inoubliable " temps qui passe".

Rachel Debrincat
Inoubliable "Apparition de la beauté" à savourer comme un poème :
"Il y a dans le cœur de l'Homme mille braises éteintes et glacées.
Je sais comment raviver le brasier des rêves oubliés.
Le poème est le feu de l'homme et c'est son chant le plus ancien,
Face à tout ce que la raison ne pourra jamais éclairer
La suffocation du monde, l'apparition de la beauté.

La nuit qui vient va m'emporter ; je te laisse tout à aimer.
Amours et joies, sont tous à prendre.
S'il te plait n'oublies jamais ; à toi d'aller voler la nuit et d'aller dire à tous ces rois :
La suffocation du monde et l'apparition de la beauté
La suffocation du monde et l'apparition de la beauté"

-Tycho Brahé-

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