|
"Les arts aspirent, sinon à se suppléer l'un l'autre, du moins à se prêter réciproquement des forces nouvelles.", "L'Oeuvre et la vie d'Eugène Delacroix", Curiosité esthétiques, Baudelaire.
Le visage off de Rodrigue diffère de son turbulent masque de scène. Serein, généreux et déstabilisant, il s'offre mystérieux avec plaisir...
Pour commencer, pourrais-tu nous raconter l'histoire du projet "Rodrigue" ?
Le projet naît en 2005.
J'avais besoin de remonter sur scène, de faire quelque chose, de m'exprimer.
Alors j'ai commencé par faire des petits concerts tout seul, avec ma guitare, à Lille. Et peu à peu le public a accroché et il y avait de plus en plus de monde.
Et puis des musiciens se sont greffés au projet, ceux qui en ont eu envie...
C'est un projet original, j'aime créer des chansons à histoires, de créer des mondes tout en gardant un aspect rock'n'roll et bruyant.
Ton parcours personnel débute dans quel secteur artistique ?
J'ai toujours fait de la musique.
Avant Rodrigue, j'étais dans un groupe de rock, Nesthocker. J'ai d'ailleurs gardé le titre "Joyeux Noël" sur l'album (ndlr : Le Jour où je suis devenu fou) qui vient des morceaux conçus avec ce groupe.
Puis, il y a eu Sève, un projet studio. On a sorti un album à 100 exemplaires...
Oh... collector...
Oui... (rires) Et Sève dure deux ans. On a fait quelques concerts, mais c'était essentiellement un projet de studio électro rock. De cette période, j'ai gardé " Être humain", qui est aussi sur l'album.
Et en parallèle, j'ai fait du théâtre. J'ai découvert une nouvelle facette dans la façon d'aborder la scène au niveau de l'interprétation. Et j'ai eu envie d'incarner des personnages qui ne sont pas moi.
J'ai vu que pour construire ton premier album "Le Jour où je suis devenu fou", tu avais " démarché" plusieurs artistes qui te plaisaient lors de concerts, par exemple, pour travailler ensemble. Comment se sont passées ces collaborations ?
Pendant mes deux ans de théâtre, j'ai eu besoin d'exercer plein d'activités et de faire plein de concerts. Peu à peu je me suis créé un réseau. J'ai aimé rencontrer ces gens. A la fin des concerts, j'aidais le batteur à ranger sa grosse caisse. Je vois ça presque comme un casting. Je disais "Je fais une chanson là, et je te verrai bien dessus. T'en dis quoi ?"
Ce sont des rencontres, qui se sont produites au bon moment. Et c'est la même chose avec les graphistes...
C'est un album artisanal et tout le monde a joué le jeu. C'est même un album régional... même s'il reste mon travail.
Je suis fier d'avoir travaillé comme ça.
Elles se font sur scène également, non ? Comment ça se décide ?
Oui, ce soir, il y aura Audrey (ndlr : Mallarmé) pour deux chansons, "Gabrielle" et "Coccinelle".
J'aime bien partager et inviter, même si c'est plus stressant, mais on est tous là pour s'amuser.
En fait, Rodrigue a trois modes : Solo, groupe acoustique, et groupe rock. Sur la version acoustique, j'invite un violoncelliste, Denis (ndlr : Bruneel), qui est un cador.
Mes histoires sont souvent ancrés musicalement dans le classique et j'aime que les autres viennent s'y greffer et s'ils le peuvent, qu'ils prennent plaisir eux aussi dans leurs arrangements.
En fait, je en pense pas avoir fait deux concerts identiques, j'ajoute toujours quelque chose...
Pourquoi ne pas y faire intervenir les différents graphistes ?
Il y a déjà tellement de choses déjà. Ça va dans tous les sens.
Déjà sur "Sexy Fix", les marquises...
D'ici, un an, j'essaierai d'ajouter de la vidéo et je demanderai probablement aux graphistes d'y intervenir...

(Photo : © Jessie Chevin)
D'ailleurs sur scène, c'est de plus en plus rare que "Rodrigue solo" apparaisse. D'où vient l'envie de partager la scène avec un groupe ?
Déjà, c'est plus adapté aux grosses salles. Mais j'aime tester les chansons, guitares + voix, dans des petites salles, pour voir ce que ça donne. J'ai deux dates solo sur l'automne et je suis content, parce qu'on se confronte à soi-même. Dans les petites salles, j'en fais des tonnes, bizarrement je me mets moins la pression. On capte chaque réaction du public et on rebondit dessus.
Comment va ton plafond ?
Toujours très encombré d'araignées qui tissent leur toile en recherche d'amour... (rires). En plus j'ai peur des araignées et je ne les tue pas...
Sur scène, tu mêles le théâtre, les performances à la musique. D'une certaine façon, ou peut dire, que tu te mets en scène, et mets en scène ta musique. D'où vient cette volonté de mêler les arts ?
Des chansons s'y adaptent, puis d'autres non. Les chansons à histoires sortent de l'ordinaire et l'intérêt c'est de construire un spectacle autour de la musique, ça permet de mettre le public dans l'ambiance et même sur l'album, avec les samples...
Mais je ne pourrais pas écrire que des chansons à histoire, moi même je m'embêterais...
|